Les gens font-ils moins l’amour aujourd’hui ?

Quand on utilise le mot amour, nombre d’images viennent à l’esprit : tendresse, complicité, désir, intimité. Mais dans les discussions contemporaines, parler d’amour ne se limite plus à l’affectif : la dimension sexuelle, la fréquence des rapports, l’envie, la disponibilité sont désormais des composantes incontournables. Et l’on entend de plus en plus l’affirmation suivante : « Oui, les gens font moins l’amour aujourd’hui qu’il y a quelques décennies. »

Est-ce vrai ? Pourquoi ? Et qu’est-ce que cela dit de l’amour dans notre époque ? C’est ce que nous allons explorer.


1. Le constat : une baisse généralisée de l’activité sexuelle

Plusieurs études dans différents pays montrent une tendance claire à la baisse de la fréquence des rapports sexuels et/ou à l’augmentation de l’inactivité sexuelle.

Aux États-Unis

Une étude menée entre 2000 et 2018 (Dans le cadre du Statistiques sociales américain « General Social Survey ») montre que pour les adultes de 18 à 44 ans, l’inactivité sexuelle (c’est-à-dire aucun rapport dans l’année) a augmenté : par exemple, chez les hommes âgés de 18–24 ans, elle est passée de 18,9 % en 2000-2002 à 30,9 % en 2016-2018. JAMA Network+4PMC+4JAMA Network+4
De même, la proportion d’adultes qui déclaraient avoir des rapports « hebdomadaires ou plus » a diminué (parmi les hommes 18-24 ans : de 51,8 % à 37,4 %). PMC+1
Cette étude suggère donc que chez les jeunes adultes aux États-Unis, l’amour, ou tout du moins l’acte sexuel, est devenu moins fréquent. JAMA Network

En France

En France aussi, les données montrent une baisse notable. Par exemple :

  • Selon un rapport de l’IFOP, la proportion de Français · es ayant eu un rapport sexuel au cours des 12 derniers mois est à son niveau le plus bas en cinquante ans : en moyenne 76 % (soit une baisse de 15 points depuis 2006). Ifop Group

  • Une enquête “Contexte des sexualités en France” (2023) montre que la fréquence sexuelle moyenne au cours des quatre dernières semaines est passée de 8,6 rapports pour les femmes en 2006 à 6,0 en 2023 ; pour les hommes de 8,7 à 6,7. euronews

  • D’autres sources parlent d’une proportion de personnes rapportant avoir des rapports au moins une fois par semaine qui a chuté de 58 % en 2009 à 43 % récemment. Perigon

En résumé : oui, il semble bien que globalement les gens fassent moins l’amour aujourd’hui (du moins en termes de fréquence des rapports) qu’il y a quelques années. Cela ne veut pas dire que l’amour a disparu, mais que ses modalités, son rythme et son expression ont évolué.


2. Pourquoi cette baisse ? Les pistes explicatives

Plusieurs facteurs souvent évoqués peuvent éclairer ce phénomène. Ils travaillent séparément ou en combinaison.

a) Hyperconnexion et usage des écrans

La vie moderne est saturée de stimuli numériques : réseaux sociaux, jeux vidéo, streaming, pornographie, messageries, etc.
Des travaux suggèrent que :

  • L’augmentation du temps passé en ligne ou à jouer réduit les interactions « réelles » et les occasions de rencontre (et donc d’amour) ; American Sociological Association

  • Le « temps mental » qu’on y investit diminue l’envie ou la disponibilité psychique pour des rapports intimes.

b) Stress, santé mentale et épuisement

Aujourd’hui, beaucoup vivent un rythme élevé : travail, vie familiale, obligations, sollicitations permanentes. Le stress, l’anxiété, la fatigue chronique, voire la dépression, peuvent nuire à la libido et à l’envie d’amour.
Le lien entre activité sexuelle et bien-être est confirmé aussi : dans une étude, une plus forte fréquence sexuelle était associée à une mortalité plus faible. ScienceDirect

c) Isolement et changements relationnels

  • Moins de contacts sociaux : les confinements liés au COVID‑19 ont accentué l’isolement, perturbé les rencontres, freiné la sociabilité.

  • Les modèles relationnels évoluent : on se marie moins tôt, on vit parfois seul·e plus longtemps, on opte pour des unions plus tardives ou non formelles. Or, vivre en couple reste un facteur important pour avoir des rapports sexuels fréquents. Medium+1

d) Changements culturels et valeurs autour de l’amour

L’amour et la sexualité ne sont plus forcément centrés sur la norme « relation-stable + enfants ».

  • Il y a moins de pression sociale à être sexuellement actif ou à avoir un partenaire.

  • L’asexualité, les relations non conventionnelles, le célibat choisit prennent plus de place.

  • Le désir de choix, d’autonomie, d’authenticité prime parfois sur la « fréquence ».

  • On parle de plus en plus d’amour « en conscience », de désir qui vient ou ne vient pas, plutôt que d’amour mécanique.

e) Facteurs économiques

Les périodes de précarité, d’incertitude économique ou d’instabilité (emploi, logement) peuvent freiner la vie affective et sexuelle. Quand on est dans la survie ou la gestion du quotidien intense, l’amour peut passer au second plan.


3. Et l’amour dans tout ça ? Ne confondons pas amour et fréquence

Il est crucial de souligner que faire moins l’amour ne veut pas dire aimer moins, ou ne plus vivre l’amour. Voici pourquoi.

a) Amour ≠ simple acte sexuel

L’amour englobe bien plus : la tendresse, le partage, la confiance, la complicité, le regard, les gestes, le soutien. L’acte sexuel est une expression possible mais non exclusive de l’amour.
Pour beaucoup, l’amour peut s’exprimer dans un câlin, une conversation, un moment de vulnérabilité, une écoute.

b) La fréquence ne fait pas la qualité

Les enquêtes françaises le confirment : une plus faible fréquence n’implique pas forcément une moindre satisfaction sexuelle. Par exemple, l’étude «Contexte des sexualités en France» relève que même si la fréquence baisse, la proportion de personnes très satisfaites de leur vie sexuelle reste stable voire légèrement en hausse. euronews+1
L’amour ne s’évalue donc pas en quantité, mais en qualité. Une fois par semaine ou une fois par mois peut être pleinement « assez » si la connexion est vraie.

c) L’amour évolue avec l’âge, la situation

Il est normal que la fréquence des rapports change selon les âges, le contexte (avec ou sans enfant), l’état de santé, la dynamique de couple. Ce n’est pas synonyme de problème tant que la communication est là.
Par exemple, en France : « Dans les 50-ans et plus, 56,6 % des femmes et 73,8 % des hommes restent sexuellement actifs. » EurekAlert!


4. Si vous faites moins l’amour… que faire ? Quelques pistes pour nourrir l’amour

Si vous constatez que la fréquence de vos rapports diminue — et que cela vous pose question — voici quelques idées pour rester connecté à l’amour, à l’intimité et au désir.

✅ Communiquer

Parlez avec votre partenaire : de votre envie, de vos doutes, de ce que « faire l’amour » signifie pour vous. La discussion permet de redéfinir ensemble ce que vous attendez. L’amour mûrit aussi dans la compréhension mutuelle.

✅ Redonner de la place à l’intimité

L’intimité ne se réduit pas à l’acte sexuel. Elle se cultive : un moment sans smartphone, un bain partagé, une main tenue, un regard, un massage, un mot doux. L’amour se construit aussi hors lit.

✅ Gérer les facteurs externes

Si le stress, la fatigue ou l’écran sont les « voleurs » de désir, identifiez-les. Réduire le temps d’écran en couple, instaurer un rituel, planifier un moment « couple », ça peut repartir.
L’usage excessif d’écrans (jeux, streaming, pornographie) peut affecter la disponibilité affective et sexuelle. Loin de tout prosélytisme moral, il s’agit de conscientiser.

✅ Redéfinir votre rythme

Ce qui compte, ce n’est pas la « moyenne nationale », mais ce qui fonctionne pour vous deux. Si un ou deux rapports par mois suffisent à nourrir votre complicité, c’est très bien. Si l’écart se creuse et crée de la frustration ou du ressentiment, alors ce n’est peut-être pas « assez ».
Les spécialistes soulignent qu’il n’existe pas de norme universelle : l’important est l’harmonie et le consentement.

✅ S’ouvrir à la diversité de l’amour

L’amour peut prendre différentes formes : amour romantique, amour platonique, amour partagé entre partenaires, amour de soi. La vie sexuelle n’est qu’un volet. Parfois, faire moins l’amour peut laisser place à d’autres formes d’intimité ou d’amour : émotionnelle, spirituelle, amicale.
La « diversité de pratiques et de partenaires » est d’ailleurs un fait : en France, l’enquête 2023 note « une plus grande diversité de pratiques et de partenaires, et une intensité moindre ». Le Monde.fr


5. Et maintenant ? Une réflexion finale sur l’amour aujourd’hui

L’amour, dans notre ère hyper-connectée et rapide, vit ses propres métamorphoses. Il ne s’agit pas seulement de comparer les chiffres d’hier à ceux d’aujourd’hui – faire l’amour moins souvent ne signifie pas que l’amour « va mal ». Il pourrait simplement signifier qu’il se réinvente.

🔍 Changer de métrique

Au lieu de demander « à quelle fréquence faisons-nous l’amour ? », peut-être poser « et quand nous le faisons, est-ce nourrissant ? ».
Et aussi : « quelles formes d’amour et d’intimité cultivons-nous ? » L’amour ne se résume pas à l’acte. Le regard, la présence, l’écoute, le geste comptent autant.

📚 Vers une culture de l’amour plus consciente

L’amour peut être moins « automatique », moins « quotidien » peut-être, mais plus choisi, plus réfléchi, plus authentique. L’enquête française souligne que même si la fréquence baisse, la proportion de personnes très satisfaites reste stable. Cela pourrait signifier que les gens valorisent davantage la qualité que la quantité. euronews
Cela ouvre la voie à une culture de l’amour où l’attention prime sur le rythme.

🌍 Penser globalement mais agir localement

Même si les chiffres montrent une baisse dans de nombreux pays développés (France, États-Unis, Royaume-Uni…). Par exemple, la revue «Declines in frequency of sex: evidence from five developed countries» relaye cette tendance générale. Medium
Cela dit, chaque couple, chaque individu est unique.

💬 Amour, plateforme de partage

Si vous le souhaitez, je peux vous recommander des ressources (livres, articles, podcasts) sur l’intimité, le désir, l’amour dans la vie moderne, pour aller plus loin.


En résumé

  • Oui, plusieurs études montrent que les gens font globalement moins l’amour aujourd’hui qu’il y a quelques décennies (notamment aux États-Unis et en France).

  • Les raisons sont multiples : hyperconnexion, stress, santé mentale, isolement, changements culturels et économiques.

  • Faire moins l’amour n’est pas un problème en soi, sauf si cela génère de la frustration ou un mal-être dans le couple.

  • Ce qui importe, c’est que l’amour, quel que soit son rythme, reste nourri de connexion, de consentement et de désir mutuel.

  • Repenser la fréquence, redéfinir ensemble ce que « faire l’amour » veut dire pour vous, peut être l’occasion d’un retour à l’essentiel.

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